De façon très inattendue en cette période de l’année, de fortes pluies se sont abattues violemment sur la préfecture de Pita et environ causant d’énormes dégâts sur les domaines agricoles déjà aménagés pour la production en contre saison. Dans la sous -préfecture de Timbi Madina, zone de production de pomme de terre par excellence, au moins 300 hectares déjà bien semés avec plus de 400 tonnes de pomme de terre ont été emportés par les eaux.
Au micro de nos confrères du site www.africaguinee.com, des agriculteurs ont affirmé que « tout est pourri, les semences sont en putréfaction sous les hangars, les engrais chimiques et organiques ont été drainés par les mares qui se sont formées. »
Un producteur indique au micro de nos confrères, qu’en 25 ans d’activité agricole, il n’a jamais vu « une telle situation ».
La culture de la pomme de terre à Timbi-Madina est donc particulièrement touchée : plusieurs quantités de semences sont perdues, les engrais et fientes organiques emportés ou contaminés, ce qui rend l’amendement des sols pour la prochaine campagne compromis. Les investissements (machinisme, main-d’œuvre, intrants) presque «perdus» selon les producteurs. La planification de la prochaine campagne fortement perturbée. Comme l’a dit le président de la de la chambre préfectorale d’agriculture de Pita, Mamadou Bah, aussi grand producteur : « il faut absolument une quantité importante de semences pour secourir les producteurs après les pertes subies… la demande était déjà énorme et cette autre réalité vient se greffer». Sans oublier qu’après inondation, il y’a lessivage des nutriments, saturation des sols, etc.
Toute la chaine de production de la pomme de terre est impactée, les producteurs, les prestataires de champs, les transporteurs jusqu’à la commercialisation et la consommation.
Ces inondations, inhabituelles pendant cette période de l’année, sont liés aux changements climatiques. Le fait que des pluies «violentes» aient submergé les champs en fin de saison peut être interprété comme un exemple de l’augmentation des événements extrêmes : intensification des précipitations localisées, saturation des sols, débordements de cours d’eau.
Le dérèglement des saisons (début ou fin de saison de pluies, intensités changeantes) affecte le calendrier de production, ce qui est souligné par les agriculteurs à Timbi-Madina : «la saison sèche s’installe plutôt que prévu… le cycle des cultures est perturbé».
Plusieurs études et rapports montrent que la Guinée — et plus particulièrement la Moyenne Guinée — est exposée à des effets croissants du changement climatique :
Le rapport de Afrobarometer mentionne que la Moyenne et la Haute Guinée sont «les régions les plus affectées par les effets du changement climatique».
Le rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour la Guinée, signale que, en Moyenne Guinée, les principaux risques climatiques incluent «élévation de la température annuelle, déficit pluviométrique…» et que l’impact sur l’agriculture est une «diminution des rendements agricoles».
D’autres sources indiquent que les extrêmes pluviométriques (sèches + humides) deviendront plus fréquents, perturbant les cycles agricoles.
Selon des experts, une répétition de tels chocs pourrait mener à une augmentation de la vulnérabilité des agriculteurs (endettement, découragement, migration). Le modèle culturel et économique fondé sur une culture clé (pomme de terre) devient risqué si les événements extrêmes se multiplient.
La culture de la pomme de terre à Timbi-Madina est donc menacée cette année et les saisons à venir, si des dispositions pratiques ne sont pas prises par les autorités à tous les niveaux.
Il faut par exemple aider à renouveler les semences à des prix abordables, remettre en état les domaines dévastés, aider les agriculteurs à s’adapter aux changements climatiques, …
L’inondation des champs de pomme de terre à Timbi-Madina marque un exemple concret de la manière dont les aléas climatiques — exacerbés par les effets du changement climatique — peuvent frapper une zone agricole clé de la Moyenne Guinée. Le choc est sérieux, tant en termes de pertes immédiates que de risques pour la filière et les moyens de subsistance.
Mais ce n’est pas une fatalité : avec une stratégie d’adaptation bien pensée, une diversification, des aménagements et un soutien institutionnel, il est possible de renforcer la résilience des agriculteurs et de la filière. Ce cas souligne l’urgence d’intégrer le facteur climatique dans la planification agricole, en particulier dans les zones vulnérables comme Timbi-Madina.